#alternate alternate [ ] Rejoignez-nous sur les réseaux sociaux [ ] ____________________ Société Féminisme LGBTQI Environnement Politique Monde People Buzz Culture Cinéma Spectacles Séries Médias Livres Musique Job Trouver un job Carrière Monter sa boîte Parentalité Grossesse Bébé Ados Bien-être Sexo Couple Psycho Santé Forme Nutrition Lifestyle Mode Beauté Food Déco DIY TF Originals Interviews Girl Power Portraits Les Audacieuses ____________________ Comment devenir une femme au foyer parfaite ? Le boom du mouvement réac #Tradwife Publié le Mardi 21 Janvier 2020 Clément Arbrun Par Clément Arbrun Journaliste Passionné par les sujets de société et la culture, Clément Arbrun est journaliste pour le site Terrafemina depuis 2019. "The Truman Show" et sa femme au foyer en toc. "The Truman Show" et sa femme au foyer en toc. En réaction au féminisme, le mouvement #TradWife prône les vertus des mères au foyer parfaites. Comprendre, ces femmes du "bon vieux temps", plus préoccupées par les besoins de leur mari que par leur charge mentale. À lire aussi #MeTooLesbien, le mouvement qui dénonce les violences entre femmes News essentielles #MeTooLesbien, le mouvement qui dénonce les violences... "OK Boomer", l'expression qui remet les vieux réacs à leur place News essentielles "OK Boomer", l'expression qui remet les vieux réacs à... "All Is Fine With Me", le mouvement body positive réjouissant des femmes russes News essentielles "All Is Fine With Me", le mouvement body positive... L'heure est à la "Tradwife". A savoir : la femme traditionnelle. Ou plutôt, l'épouse. Sur les réseaux sociaux, ce mouvement vante les mérites des femmes au foyer parfaites - celles des années cinquante - en s'en prenant aux préceptes féministes actuels. Et ce à grands coups de "c'était mieux avant" bien rance. Vous reprendrez bien un peu de pensée réac ? "Me soumettre à mon mari comme en 1959". C'est le mot d'ordre très sérieux - et presque provoc' - des "tradwives", ces femmes qui, à l'heure des grandes révolutions pour l'égalité des sexes, souhaitent en revenir aux assignations de genre les plus désuètes, pour ne pas dire rétrogrades. Et ce à force de slogans qui laissent rêveur comme "la place d'une femme est à la maison" ou encore "Essayer d'être un homme est un perte de temps pour une femme", tel que l'énonce la BBC. Difficile de ne pas grincer des dents. Le boom du "c'était mieux avant" Alena is part of the #tradwife movement. So, why do women like her want to "submit and spoil their husbands like it's 1959"? pic.twitter.com/v1TnAbTwvu — BBC Stories (@bbcstories) January 17, 2020 Et si cela ne vous rend pas jouasse, la suite risque de vous déplaire aussi : "Votre mari doit toujours primer sur le reste", "La bonne manière féminine de faire face aux éternuements et aux reniflements", "comment être élégante le matin"... Ça, ce sont certaines des réflexions fétiches de la Vlogueuse et mère au foyer britannique Alena Kate Pettitt, à qui la BBC a tendu le micro lors de son reportage sur les "mères traditionnelles". Alena Kate Pettitt fait effectivement partie du mouvement des TradWives. Et ce pour une bonne raison : "J'ai toujours eu l'impression d'être née pour être mère et épouse", déclare-t-elle à la chaîne. Et c'est donc ce qu'elle devint. A l'origine de ce désir, un besoin d'aller à contre-courant des valeurs "empouvoirantes" louées durant sa jeunesse (l'émancipation des working girls, la libération sexuelle) et qui lui étaient totalement étrangères. Car Alena Kate Pettitt ne croit pas trop à l'empowerment. Quand elle a rencontré son mari, celui-ci lui a dit : "Je sais que tu souhaites qu'un homme s'occupe de toi et te rassure". Et à l'entendre, c'était totalement vrai. Elle l'avoue volontiers, Alena Kate Pettitt embrasse à bras ouvert le taf des mères "tradis", de celles qui semblent tout droit échappées des années cinquante et dont l'unique raison d'être serait de soigner leur ménage, leur apparence et leur mari. Pour Alena Kate Pettitt, la vie de femme au foyer est "un conte de fées" - stéréotypes sexistes inclus, pourrait-on lui rétorquer. Voire-même, une "rébellion", face aux insurrections modernes des mouvements féministes. Et la vlogueuse n'hésite pas à le répéter au gré des vidéos de "Darling Academy", sa chaîne YouTube : elle n'a aucun souci à ce que son mari délaisse la cuisine et les tâches ménagères. Après tout, quoi de plus normal après une harassante journée de boulot ? Mais ce n'est pas tout. Comme elle l'indique au Daily Mirror, c'est une époque entière que regrette Alena Kate Pettitt. Celle, largement mystifiée, "où vous pouviez laisser votre porte ouverte et savoir que vous étiez en sécurité, où vous connaissiez tous vos voisins", dit-elle. Tout cela, ajoute-t-elle, représente "le meilleur de ce qu'était la Grande Bretagne à cette période". Bref, sous la "rebelle" se faufile une pensée bien réac'. 'I said I wanted to be a wife and a mum the teacher laughed at me' @darlingacademy#Tradwife is a growing movement of women who promote ultra-traditional gender roles She says it's feminist as she's choosing what she wants to dohttps://t.co/jeBmABYgfw pic.twitter.com/xeGq0y21x3 — Victoria Derbyshire (@VictoriaLIVE) January 17, 2020 Et c'est d'ailleurs cette philosophie de vie irréelle que célèbre le mouvement en ligne #TradWives dans son ensemble. Tel que le relate cette longue enquête de Stylist, cela fait plusieurs années déjà que croît cette communauté, et pas seulement au Royaume-Uni, mais également en Allemagne, au Brésil et au Japon. Elle se décline sur la Toile en une multitude de mots-clés (comme #tradfem et #vintagehousewife) et se voit incarnée par quelques blogueuses à succès, de The Transformed Wife à Wife With A Purpose ("une femme avec un but"). Des créatrices certes "tradis", mais omniprésentes sur Twitter, Intagram, Facebook... La majorité de ces femmes, décrypte Stylist, ont été déçues par leur expériences professionnelles. Du jour au lendemain, elles ont donc décidé de se consacrer corps et âme à leur foyer. Tout en sacralisant plus que de raison des icônes vintage (comme l'actrice et chanteuse Doris Day) et des bouquins pratiques de la même époque - de ceux qui célèbrent la cuisine de la femme au foyer parfaite - ces internautes dénoncent les effets néfastes des nouvelles technologies et s'échangent des astuces pour satisfaire leurs époux. Pour les adeptes du #tradwife, la recette du bonheur se trouve dans les pages d'une véritable Bible : The Fascinating Girl, un opus de 1963 écrit par une mère au foyer mormone, Helen Andelin. La (pas si) desperate housewive y évoque les secrets de la "féminité idéale" et du mariage heureux, à destination des épouses attentives et des jeunes célibataires aimantes. Spoiler, il tient en un concept : la soumission domestique. Ce qu'il y a plus dérangeant derrière ce mouvement, c'est la tension qu'il instaure entre des représentations aussi datées que sexistes et la réalité qu'il suggère - à savoir, l'absence de visibilité et de considération des femmes au foyer, voire le dédain qu'elles peuvent susciter. C'est d'ailleurs ce que semble fustiger (à raison) Alena Kate Pettitt, en expliquant à la BBC que les femmes au foyer ont l'habitude d'être perçues comme "des femmes pas très intelligentes, faibles, sans valeur", ce qui l'attriste. On ne peut que le déplorer à l'unisson. De plus, l'instigatrice de Darling Academy explique également aux médias britanniques que ce mouvement n'a rien d'anti-féministe. Au contraire, est féministe le fait de respecter le choix des femmes, qu'elles décident d'être femmes au foyer, ou non. Là encore, difficile de le nier. Mais au lieu de mettre en avant ces "femmes de l'ombre" trop méprisées, cette communauté croissante semble privilégier une pensée plus régressive qu'autre chose. Ses porte-paroles tressent les lauriers d'un passé largement fantasmé, une philosophie du "c'était mieux avant" qui minimise dangereusement l'importance des luttes féministes, et ce au profit d'une nostalgie un peu rance que ne déplairait pas à Donald Trump. Aucun hasard, l'un des groupes Facebook de ce mouvement s'intitule d'ailleurs Make Traditional Housewives Great Again (rendre aux femmes au foyer traditionnelles leur grandeur), un clin d'oeil énamouré au slogan du président des Etats-Unis. Loin d'être anodin, tout cela est pour l'autrice Dixie Andelin Forsyth la preuve alarmante que certaines femmes "en ont assez du féminisme au Royaume-Uni et ailleurs", dit-elle à Stylist. D'autres voient là encore une façon dérangeante de passer sous silence ce que subissent les femmes au quotidien. Et pas simplement cette charge mentale (considérable chez les mères au foyer), que les épouses "vintage" semblent au passage joyeusement éluder. Comme le déplore Rachel Elizabeth Reader, musicienne et militante des droits des femmes, "ce serait génial d'avoir un mari qui vous aime, ne vous domine pas ou ne vous contrôle pas, mais la réalité est qu'une femme sur quatre est victime de violences conjugales, et nous devons nous en souvenir". Ce que les jolis mots des vlogueuses semblent masquer, ce sont effectivement ces "abus de pouvoir" qui, trop souvent, s'immiscent au sein d'un couple. Car derrière l'ode à l'amour domestique que prône les "trad-fems" se cache une autre réalité, loin, bien loin de l'écrin rose bonbon d'une nostalgie faussement naïve. Et celle-ci mérite peut-être davantage que l'on en parle, vous ne pensez pas ? Cette hypothèse est d'ailleurs habilement résumée par un internaute féministe sur Twitter : "Je suis désolé de le dire, mais le mouvement #tradwife est une insulte à l'avancée des droits des femmes et n'est PAS quelque chose que nous devrions promouvoir en tant que modèle de société. Il y a une raison pour laquelle l'année 1959 fait partie du passé !". CQFD. 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