Parents & enfants Les femmes au foyer sont-elles les idiotes utiles du patriarcat? Temps de lecture : 10 min -- Dans Arlington Park, la romancière anglaise Rachel Cusk décrivait le quotidien mortifère de quatre femmes au foyer d'une banlieue résidentielle: la solitude, le ressentiment, l'insatisfaction, la tyrannie des petites tâches à accomplir au quotiden. «Toutes les cultures ont des femmes au foyer désespérées», déclarait l'auteure. C'est même pire que ça, la femme au foyer desespérée ou authentiquement épanouie n'est pas, comme on pouvait l'imaginer, une figure en voie de disparition eu égard à la féminisation du travail. On assiste même à un retour de la femme au foyer. En France, en 2010, 69 % des femmes salariées ont connu une pause dans leur carrière depuis leur premier emploi et l'interruption de travail pour se consacrer aux enfants est -- l'emploi féminin ne va pas encore de soi. Eu égard à l'accroissement des temps partiels occupés par les femmes, ou le rajeunissement de la femme au foyer: la part de celles ayant entre 20 et 34 ans (environ 20 %) est aujourd’hui plus élevée que celle des femmes ayant entre 40 et 49 ans (moins de 15 %). Surtout, l'idéalisation de la femme au foyer persiste et même, se développe. Pour l'historienne Anne Rothenbühler, «cela passe par des messages subliminaux. On rappelle que les plats -- Autrement dit, en période de crise, la tentation est grande de renvoyer les femmes au foyer et de les assigner plus que jamais aux tâches domestiques et au «care» (éducation, santé...). L'argumentaire développé alors, c'est qu'être femme au foyer n'a rien de dégradant, que c'est un choix éclairé et que cela peut être une source d'épanouissement. C'est ce qu'affirment avec véhémence certains femmes -- Les femmes ont envie de travailler Selon une enquête récente de l'Insee, 6 femmes au foyer sur 10 souhaiteraient travailler. Quant à l'«épanouissement», il est aussi largement à temperer: elles ne sont que 33% à penser qu’«être femme au -- Pourtant, certaines mères au foyer ont le sentiment d'être injustement critiquées. Helene Bonhomme, auteure du blog fabuleusesaufoyer,veut «faire revenir la femme au foyer à la mode car aucune image glamour n’est donnée de cette vie-là» et déplore que «les mères au foyer ont du mal à éprouver de la fierté du fait de leur statut de maman à plein -- l'historienne Yvonne Knibiehler «la maternité est un sujet social et politique» et les choix ou non-choix des unes et des autres a des implications nettes sur les inégalités. Être une femme au foyer est-il compatible et moteur de la libération des femmes? Car, c'est bien le fond du problème. -- dans la parentalité. Qui veut l'institutionnalisation de la femme au foyer? Enfin, il faut relever un phénomène: les femmes au foyer sont, bien malgré elles, les chouchoutes de réacs et des anti-féministes. En 2015, le député FN Dominique Martin prônait «la liberté des femmes à rester -- l'égalité de la prise de décision» entre homme et femmes ou de vouloir «supprimer toute pratique de discrimination de genre». Les bénéfices selon lui d'une institutionnalisation de la femme au foyer? «Ça aurait l'avantage de libérer des emplois, ça aurait l'avantage de donner une meilleure éducation à nos enfants, ça aurait l'avantage de sécuriser -- violents qui font pleuvoir des coups sur leur femme. Et se livraient à un panégyrique de la femme au foyer qui contribuerait à l'avenir de la nation. Oui oui. -- infantilisée en percevant de l'argent de poche. Bien sûr, les femmes au foyer n'ont pas choisi d'être défendues de la sorte et par ces porte-parole autoproclamés. Mais on ne peut pas non plus escamoter la question de la dépendance financière ni se demander -- quand elle est consentie. En savoir plus: Parents & enfants parentalité maman femmes au foyer François Fillon Nadia Daam